Dans une récente analyse signée par Julien Manceaux, Senior Economist, ING fait le point sur un souhait dominant parmi les Belges : vieillir chez eux. Comment la technologie médicale peut-elle les y aider ? Nos concitoyens sont-ils prêts pour le vieillissement 2.0 ?

Rester chez soi l’âge avançant est un espoir évident, mais sa mise en œuvre ne l’est pas forcément. S’invitent fréquemment une ou des maladies chroniques, avec à la clef une autonomie en berne qui réclame, outre l’intervention régulière de soignants mobiles, celle de proches appelés à la rescousse.

La « technologie médicale liée aux soins à domicile » se devrait d’épauler ces nombreux aidants de l’ombre (1 Belge sur 5 de plus de 50 ans est concerné). Elle pourrait aussi permettre d’éviter ou d’écourter les séjours à l’hôpital. Aujourd’hui, on ne compte plus les travaux qui établissent qu’une hospitalisation au grand âge accentue généralement la dépendance de la personne (elle perd e.a. en mobilité, en lucidité, en continence…) et majore le risque de ré-hospitalisation à 6 mois.

ING distingue dans son étude trois niveaux de technologie médicale appliquée aux soins à domicile. Le premier concerne les outils de communication numérique (prise de rendez-vous en ligne, dispositifs de vidéo-consultation…). Le deuxième recouvre les applis médicales et leurs ‘accessoires’, à savoir des objets connectés qui enregistrent des paramètres (température, tension, taux de glycémie…), paramètres qui sont ensuite mis à disposition des professionnels. Le troisième niveau désigne les plateformes de traitement et d’échange de données, en l’occurrence des systèmes qui assurent le partage des infos collectées par les outils du niveau 2 entre les prestataires qui se relaient au chevet du patient. Le bonus de cette circulation d’infos actualisées : une prise en charge rapide et adaptée.

Le niveau 3 se révèle très prometteur en termes de remplacement ou de raccourcissement des hospitalisations, dont on a vu l’impact délétère sur l’autonomie de l’aîné. Avec le télé-monitoring permanent que ce niveau autorise, certaines hospitalisations peuvent se muer en hospitalisations à domicile. Dans le même ordre d’idées, des séjours à l’hôpital peuvent se solder par un retour plus précoce à la maison, puisque la surveillance individualisée s’y poursuit comme dans une chambre d’hôpital.

Une demande perceptible

Encore faut-il que ces technologies fassent leur chemin dans l’esprit des citoyens… Julien Manceaux relève l’accroissement du nombre de DMG dans la population, DMG qui incarne la centralisation des infos de santé par le médecin traitant. Il pointe également une enquête IPSOS à caractère international conduite l’an dernier, qui révèle que si les Belges ne fondent pas des espoirs démesurés dans la télémédecine, ils sont 70% (soit bien plus que dans les pays voisins) à penser que les solutions digitales peuvent améliorer le suivi du patient après une hospitalisation.

Les Belges sont-ils réceptifs à des outils numériques qui pourraient les aider à vieillir à domicile, comme des applis de télé-monitoring ou des plateformes d’échanges de données… ? Une enquête IPSOS montre qu’ils croient à la plus-value de solutions digitales

Se pose évidemment la question de l’accord de l’intéressé à l’échange de ses données de santé. Il est bel et bien prévu dans notre pays. Chaque patient doit préalablement donner son ‘consentement éclairé’ pour qu’un digest de son DMG, appelé le sumehr et posté par son médecin de famille dans des ‘coffres-forts’ gérés par des réseaux officiels comme les Réseaux santé wallon ou bruxellois, soit partagé avec d’autres professionnels. Pour le peu, du moins, que ceux-ci aient bien une relation thérapeutique effective avec lui.

A noter encore que l’étude IPSOS indique que c’est aux professionnels et institutions de soins et aux mutuelles que le public belge fait confiance pour développer de telles solutions, bien plus qu’à l’industrie pharmaceutique et surtout aux géants de type Gafam qui, pourtant, avancent résolument leurs pions sur l’échiquier de la santé connectée.

Un œil, à distance, sur les symptômes du coronavirus

Au printemps dernier, divers partenaires dont le Réseau santé wallon ont développé au pas de charge une appli web utile à la gestion de l’épidémie de covid-19. Baptisée SafeLink, elle repose sur l’automesure de paramètres par les patients suspectés d’être infectés et placés en isolement à la maison. Ces paramètres, introduits plusieurs fois par jour dans un questionnaire en ligne, sont immédiatement analysés par un algorithme validé scientifiquement. En découle une catégorisation des patients en fonction de leur état : stable, à risque ou critique. Le médecin traitant et l’infirmier à domicile disposent sur écran d’un récapitulatif montrant l’évolution de l’état de leur patient. En cas de dégradation, le médecin est aussitôt alerté par SMS.

Les concepteurs de cet outil envisagent de le décliner à l’avenir en solutions de surveillance à distance dans d’autres contextes de soins, comme l’hospitalisation à domicile.

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